Soutien-Addicts Hennebont

Témoignage de Vanessa

Bonjour à toutes et à tous !
Je me présente, je m’appelle Vanessa et j’ai 45 ans.
J’ai commencé à me rendre compte que j’avais un problème de consommation d’alcool trop élevée,
il y a environ 10 ans.
Divorcée sans trop de complication…Deux enfants enfants formidables en garde une semaine sur
deux…un travail…une maison dont j’étais propriétaire…pas de quoi se plaindre…
J’avais 35 ans à l’époque et pleins de nouveaux projets.
Une semaine, j’étais donc maman à temps plein et la semaine suivante, quand mes enfants étaient
chez leur père, je devenais une « pseudo adolescente ». Je sortais avec des copines et faisais des
rencontres via des sites internet qui promettaient de trouver l’amour…avec un grand « A ».
Au fil des années, des rencontres décevantes les unes plus que les autres…je commençais à
désespérer… Et un jour, je me suis offert ce verre à la maison seule car je n’avais rien de prévu… je
m’ennuyait, je n’aimais pas la solitude…
Ma boisson favorite de l’époque : Le kir pétillant cassis !
Boisson consommé à l’apéritif dans ma famille pour les femmes mais toujours avec modération !
Je me rappelle la première fois que j’avais dû boire mon premier verre de ce breuvage, je devais
avoir 14 ans. C’était chez ma grand-mère, lors d’une occasion comme la fête des mères ou un
anniversaire… Je me souviens avoir fait rire la famille car j’étais prise d’un fou rire alors que j’étais
plutôt très introvertie.
Bref revenons à ce verre dans ma cuisine seule accouder à mon comptoir. Musique endiablée à fond
dans la maison pour ne pas se sentir seule…
La soirée continue, je me sert un deuxième verre, me connecte au site internet de rencontres
masculines…et je finis la bouteille …
Je venais de trouver un moyen de passer des bonnes soirées, de rencontrer des personnes
virtuellement, de pouvoir boire un coup sans risquer mon permis…
Au fil du temps, ce verre de « kir cassis », je me le suis offert aussi en semaine après une grosse
journée, après un stress ou en récompense de ce que j’avais pu accomplir.
C’était devenu mon moyen de décompression qui cassait ma lourde solitude.
Les consommations n’ont fait qu’augmenter. Bien sur, je commençais à avoir honte et c’était une
réelle corvée d’aller envoyer toutes ses bouteilles dans la poubelle à « verre ».
Donc…j’ai fini par acheter des cubis de rosé, plus pratique et plus facile à évacuer dans la poubelle.
Le problème, c’est que je n’avais pas de « bouton off » pour m’arrêter.
Là, a commencé la descente aux enfers. Je n’avais plus la notion de combien je buvais. Avec le
mousseux, je savais que 2 bouteilles et demi, il était temps d’arrêter et 3, ça finissais souvent en
« black out » avec forcément des conséquences néfastes pas la suite comme des « embrouilles »
avec les enfants, des prises de risque en prenant le volant, des appels téléphoniques avec des paroles
blessantes ayant pour conséquences une diminution du cercle social (moi qui souffrait déjà de
solitude…), des objets cassés dans la maison…et des retards ou impossibilité de se rendre au
travail…
Puis un jour, j’étais en repos. Une journée « méga remplie »d’une femme lors de son jour de
congé…ménage, linge, courses, jardinage…l’heure de la récompense était arrivée, je m’ouvre une
bouteille, puis une deuxième…il est 13h00…
Le téléphone sonne, c’est ma sœur.
Elle constate mon état d’ébriété…m’envoies sur les « roses » en me disant « vas te coucher ! ». Je
m’emporte et lui avoue que cela fait des années que c’est ainsi…puis elle me « raccroche au nez ». L’après midi même, ma sœur fait une heure de route et m’envoie chez mon médecin traitant.
Celui-ci me demande si j’accepterai d’être vu par un centre d’addictologie. J’accepte.
Il appelle le CSAPA DOUAR-NEVEZ Lorient durant la consultation et me trouve un rdv dès le
lendemain avec un infirmier.
Ma première fois au CSAPA, je n’ai fais que pleurer. La-bas, j’ai été suivi et le suis encore, par un
infirmier, un médecin addictologue et une psychologue.
J’ai pu avoir des réponses à mes angoisses, comprendre les mécanismes de l’alcoolisme et être
écouter sans être juger.
J’ai essayé différents traitements avant de trouver celui qui me correspondait : anxiolytiques,
antidépresseurs et des médicaments qui aident au maintien de l’abstinence.
J’ai assisté à des groupes de paroles sur le CSAPA également.
J’ai été mise en arrêt de travail, j’y suis restée 5 mois et demi. Je me suis occupée beaucoup à la
maison, peinture…jardinage …jusqu’à même commencé à nettoyer la grande fontaine du Parc
communale de la petite commune où je vivais. J’étais toujours dans l’action , en mode
hyperactive…mais fière de moi.
J’ai donc repris le travail. Mon moral faisais le « yoyo » et je ne voyais pas faire toute une vie sans
jamais d’alcool. J’ai donc voulu reprendre ma vie d’avant en buvant comme les autres lors des
anniversaires, des fêtes de quartier…Ça a très vite dégénéré… Pas de limites, je recherchais pas le
goût de l’alcool mais l’effet désinhibant qu’il pouvait me procurer… donc je buvais vite, parfois
avant les autres et surtout en cachette…
Pendant 10 ans , çà n’a été que petite période d’abstinence et rechute…et bien-sur culpabilité.
J’ai pensé qu’il fallait changer de vie professionnelle car je me donnais corps et âmes pour
ce métier que j’adorais . J’ai fais un bilan de compétences, qui m’a mener a reprendre mes études
pendant 3 ans.
Nouveau projet, nouvelles rencontres, j’étais très excitée, stressée et à la fois très fière de moi.
Ma première année de formation, est arrivée durant la pandémie de Covid. Les cours se faisaient
donc en distanciel. Niveau lien social s’était pas gagné. Heureusement, ça n’a pas duré trop
longtemps et j’ai pu faire des nouvelles connaissances et recréer une vie sociale.
Mais l’addiction était la…avec ses débordements et entraînant beaucoup de fatigue en plus de la
formation.
Toujours suivi à Douarn-nevez , j’ai décidé de compléter mon soutien par un groupe de parole
extérieur. J’ai tester un premier dans le lequel je ne m’y suis pas senti à l’aise. La même semaine, je
testais celui d’Hennebont « soutien addicts Hennebont » qui portait un autre nom à l’époque mais
dont le président était le même.
Ma première fois à l’association était comme la première fois au CSAPA, je n’ai pas pu parler, je ne
faisais que pleurer.
Mais dans ce groupe, j’ai vu qu’il y avait des hommes mais aussi des femmes et de tous les âges.
Donc j’y suis retournée. J’y ai trouvé des amis, des confidents et parfois des sauveteurs quand j’ai
eu des débordements…
Mais hélas, s‘était encore très compliqué mon rapport avec l’alcool. La moindre émotion était
« excuse à boire ». J’avais une bonne nouvelle, ça se fête… je bois…je déprimais …bah …je vais
consommer…ça m’aidera…
Et ça s’empirait … d’autant plus avec le mélange médicaments/alcool qui ne faisait pas bon ménage.

Il y a 2 ans, Didier « président de l’association « soutien-addict Hennebont »me propose de faire des
ateliers d’éducation thérapeutique du patient (ETP). J’accepte mais avec inquiétude car il fallait se
rendre disponible 6 mardis soirs et avec mon travail, javais peur que ce ne soit compliqué.
Mais j’ai réussi à être présente. S’était très formateur sur la connaissance de soi, de ses émotions et
sur des outils à mettre en place pour se soigner.
Mon diplôme en poche, première expérience avec ce nouveau métier pas très concluante à
cause des collègues de travail. Deuxième expérience très compliquée également à cause de la
direction…
Le moral n’est pas au beau fixe. La remise en question est incessante et puis un jour…je reçois un
appel d’une amie pour m’annoncer qu’une amie d’enfance que je considérais comme ma sœur, la
marraine de mon fils, ma plus grande confidente, ma béquille s’était mariée le week-end précédent
sans m’en informer et surtout sans m’y convier.
Certes, nous étions un peu en froid de mon point de vue car 6 mois auparavant, j’avais un peu
esquinter leur véhicule lors d’un accrochage. Mais j’avais entièrement payer les frais de réparation
et m’étais excuser nombreuses fois. Ce jour la, j’ai compris que j’avais perdu beaucoup de choses et
que c’était terrible.
Les jours suivants, les consommations ont été encore de plus en plus fortes avec des « trous noirs »
et les idées suicidaires ont commencé à me hanter.
Il n’y avait plus un jour sans consommation. Je ne buvais pas pas par plaisir gustatif ni même pour
chercher un peu d’ivresse, je buvais pour m’anesthésier.
Mon rendez-vous du mois avec l’addictologue est arrivé. Me voyant « RE-plonger » encore une fois
et encore un peu plus bas. Elle m’a proposé une semaine de sevrage à l’Hôpital de Quimperlé.
J’ai accepté. La semaine suivante, j’y étais. C’était le 27 janvier 2025, et depuis ce jour, je suis
abstinente et surtout une abstinence heureuse.
Je perçois les bienfaits par un meilleur teint de peau, une meilleure forme, des idées claires, la
capacité à prendre du recul par rapport à des situations compliquées et je ne me sens plus
persécutée.
Chaque projet accompli est une victoire.
Aujourd’hui, je suis toujours suivi par le CSAPA mais cela va s’arrêter bientôt afin de laisser la
place pour des personnes qui comme moi ont besoin d’aide. Mon renouvellement de traitement se
fera par le médecin traitant et je continuerai mon suivi psy sur le cabinet privé car je reste une
personne hypersensible.
Le CSAPA m’a également soutenu et aider dans mon arrêt du tabac.
Le vendredi dès que mon planning de travail me le permet, je vais à l’association d’Hennebont
« soutien-addict ». Nous discutons, on partage café, gâteaux, on fait des sorties rando, pique nique
et des repas en salle…ce qui me permet d’avoir un lien social sure et compréhensif.
Pour conclure mon témoignage, je dirais que c’est très compliqué d’être une femme addict. Ça reste
encore très tabou et très incompris comme maladie. Même pour les proches qui nous connaissent
depuis tout jeune…
Je détestais quand on me disais : « …mais tu as tout pour être heureuse ! »…Cette parole résonne
très mal en moi …Je n’ai pas choisi d’être alcoolique…
La honte et la culpabilité sont de gros fardeaux. Il est important de se faire aider par des personnes
compétentes et surtout dans le non-jugement et de frapper à la porte de la bonne association !
Merci de m’avoir lu
Vanessa

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