« Un combat dur mais qui vaut le coup d’être mené » : en Bretagne, Robert, 65 ans raconte sa lutte contre l’alcoolisme

À 65 ans, Robert (prénom d’emprunt) a été accro à l’alcool
pendant de nombreuses années. Grâce à l’aide d’une association
d’Hennebont (Morbihan), il a réussi à devenir abstinent et a
accepté de raconter son parcours.
Robert (prénom d’emprunt, de dos) discute avec Didier Le Rézollier, président
de l’association Soutien-Addicts Hennebont. | OUE
Robert (prénom d’emprunt), a été dépendant à l’alcool pendant plusieurs
années. Alors que le mois de janvier est synonyme d’opération « Dry January »,
il a accepté de livrer son témoignage sur son combat, lui qui est membre d’une
association d’entraide à Hennebont (Morbihan).
« Tout a commencé à l’adolescence, avec des week-ends arrosés entre
copains, puis ça a continué à l’âge adulte. Souvent, je buvais jusqu’à ce que je
ne me souvienne plus de rien. L’alcool était partout : lors des troisièmes mi
temps dans le sport, des sorties entre copains, des repas de famille, dans la vie
professionnelle. Par la suite, je me suis marié, je me suis installé et j’ai fondé
une famille. Mais ça ne s’est pas arrangé et je trouvais toujours un prétexte pour
consommer. Je me suis mis à boire tout seul : je n’avais plus de but dans la vie,
la vie de famille n’existait plus, je refusais le dialogue. Je n’avais qu’une seule
idée en tête : consommer tous les jours, avoir ma dose. Comme ça, j’avais
l’impression que j’étais bien.
Au début de la retraite, j’ai touché le fond. Je consommais les premiers verres
au réveil et je m’endormais le matin dans le canapé, puis, l’après-midi, je
recommençais. Je ne faisais plus rien à la maison, je m’en foutais de tout. Je
savais que je touchais le fond mais rien n’y faisait car mon seul but était d’avoir
ma dose journalière. Un jour, mon épouse m’a parlé d’une association d’entraide
d’Hennebont. J’ai accepté d’essayer. Didier et Gilles sont venus me voir, ils ont
su trouver les mots pour me dire d’essayer de sortir de cette terrible maladie.
Avec mon épouse, on a commencé à assister aux réunions du vendredi. Je me
souviens du très bon accueil, de la bienveillance. Pendant six mois, on allait
régulièrement aux réunions. Je n’étais pas encore abstinent et, le vendredi, je
faisais plus attention, pour bien paraître devant les personnes. En janvier 2022,
avec l’aide de mon médecin addictologue et de mon épouse, j’ai décidé d’aller
me soigner au centre d’addictologie de Calmette, à Lorient. Aujourd’hui, je fête
mes trois ans d’abstinence. Je remercie mon épouse car je ne sais pas
comment elle a pu faire. Elle m’a toujours soutenu lors de ce difficile passage à
l’abstinence.
Maintenant, j’ai une autre addiction : l’association. Je vais aux réunions avec
plaisir. Avec mon épouse, on s’est fait beaucoup d’amis. Je fais partie du conseil
d’administration, je m’investis pour les autres et le fait de les aider m’aide aussi.
Dans l’abstinence, j’ai appris à ménager mon corps. Si je suis fatigué, je me
repose ; si j’ai des pensées plus sombres, je ne les ignore pas, je les accepte et
j’essaie de les comprendre. Il faut toujours être sur ses gardes. Il ne faut pas
oublier que l’alcoolisme est une maladie. Le cerveau n’oublie jamais et on n’est
jamais à l’abri d’une rechute. Devenir abstinent est un combat dur mais qui vaut
le coup d’être mené. »
Ouest-France – Le 13/01/2026